La Méprise volontaire

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La Méprise volontaire ou la double leçon

La_Meprise.jpgL’opéra-comique en un acte La Méprise volontaire ou la double Leçon a été représenté pour la première fois le 24 juin 1805 sur la scène du Théâtre de l’Opéra-Comique à Paris. L’identification de la compositrice n’est pas définitivement établie car aucune des sources connues ne donne de prénoms. Le seul indice est la mention de son âge dans les articles de presse qui ont relaté l’événement : dix-neuf ans.

À cette époque, la famille Le Sénéchal de Kercado, élément important de la noblesse bretonne depuis le XIIIe siècle, est étendue. Une seule des demoiselles de ce nom a l’âge requis : Marie Innocente Hyacinthe Alexandrine, née le 4 décembre 1785 à Vannes, fille de Marguerite Geneviève Pauline Raynal (1764-1846), originaire de Saint-Domingue, et de Marie Jean Prudent Le Sénéchal de Kercado (1743-1815), lieutenant des maréchaux. La jeune fille a une sœur aînée, Joséphine Eulalie Adèle, née quant à elle le 14 janvier 1784, également à Vannes. L’époque étant friande de musiciennes et musiciens prodiges, il n’est pas exclu que la compositrice ait été Adèle, rajeunie pour mettre d’autant plus en valeur son exceptionnalité : totalement inconnue du monde musical, n’ayant pas publié de pièces vocales (les romances, alors très vogue) ou de sonates pour piano comme ont pu le faire certaines de ses contemporaines, elle se retrouve pourtant chargée de la mise en musique d’un livret d’un auteur déjà établi et dont la carrière sera prestigieuse, le breton Alexandre Duval (1767-1842).

 

Mademoiselle Le Sénéchal de Kercado rejoint ainsi le cercle fermé des compositrices ayant eu accès à un des hauts lieux de l’art lyrique en France, à une époque où la création musicale à un haut niveau était considérée comme hors de portée du cerveau féminin.

 

Dans l’édition de ses œuvres complètes (t. 6, 1822), Alexandre Duval relate la genèse de l’œuvre :
« Le hasard m'ayant fait connaître madame de Carcado [sic], et passer quelque temps à sa maison de campagne, je fus tout étonné de rencontrer une jeune personne qui réunissait au talent de la peinture celui de la musique ; elle portait ce dernier à une perfection rare ; et le célèbre Tarchi, qui lui avait donné des leçons de composition, avait une si haute idée de son écolière, que je résolus de lui donner ce petit ouvrage. Je ne doute pas qu'elle n'eût un jour peut-être égalé son maître, si les comédiens, par une prévention qui tenait à son titre de femme, ne lui avaient promptement fermé la carrière. Pendant toutes les répétitions de l'ouvrage, acteurs et musiciens étaient devenus les sincères admirateurs du talent de mon jeune compositeur, ils ne savaient qu'admirer le plus ou du chant ou de la variété des accompagnements ; tous cherchaient à deviner quel était l'artiste inconnu qui allait tout-à-coup briller sur la scène lyrique [ …]. Enfin, le jour de la représentation arriva ; et s'il se manifesta quelques signes de mécontentement, la musique n'eut point à les partager ; elle obtint, au contraire, un brillant succès. […] Mais plusieurs des acteurs […] changèrent complètement d'opinion ; et, comme il leur semblait impossible qu'une jeune demoiselle pût composer la musique d'un opéra, pendant les douze ou quinze représentations que la pièce obtint, ils trouvèrent convenable de déprécier dans le monde l'ouvrage qu'ils avaient admiré avant de connaître le nom de son auteur ».

 

Malgré un succès d’estime qui, traditionnellement, ouvrait grandes les portes du Théâtre de l’Opéra-Comique pour des ouvrages ultérieurs, la jeune compositrice disparut de la vie musicale. On retrouve la demoiselle de Kercado née en 1785 en rentière à Lunéville, en 1815, dernière trace de sa vie pour l’instant. Sa sœur Adèle fit quant à elle une honorable carrière de peintre (son portrait du Général Kléber se trouve au Musée de l’Armée), un élément qui fait pencher l’identification de la compositrice en sa faveur.


Florence Launay, musicologue, auteure de l’ouvrage Les Compositrices en France au XIXe siècle (Fayard, 2006)

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