Acquisitions remarquables 2016

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Acquisitions remarquables 2016

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Colin-Tampon petit tambour suisse. André Hellé et Jérôme Doucet. Boivin et Cie, 1909.

Un des rares premiers livres pour les enfants illustré par André Hellé. Cet album est paru une première fois en volume broché puis dans un cartonnage d'éditeur pour devenir un livre de prix. La couverture et la page de titre sont illustrées par Ferdinand Raffin, un artiste qui a illustré notamment dans la Semaine de Suzette à partir de 1909.
Les illustrations de l'album Colin-Tampon sont présentées dans des petites vignettes, elles donnent une respiration au texte, le complètent et accentuent les éléments comiques. Si les  personnages n'ont pas encore l'aspect de jouets qui caractérisera le travail d'André Hellé quelques années plus tard, on peut y remarquer quelques prémices.


Colin Tampon, tambour d'un régiment suisse âgé de 18 ans, de "race naine, un peu nabote" fait l'objet de railleries mais son courage et sa témérité vont finir par le récompenser mais la fameuse expression "je m'en moque comme de Colin Tampon"restera dans l'air.

André Hellé (1871-1945) : Avant de se consacrer aux livres pour la jeunesse, André Hellé collabore à de nombreuses revues telles que l'Assiette au beurre, la Caricature et crée de nombreux décors de théâtre, de meubles et jouets pour enfants.
Son œuvre maîtresse reste Drôles de Bêtes publié en 1911 réedité par MeMo en 2011. Pour Apollinaire c’est l'un des précurseurs du cubisme.
L'auteur Jérome Doucet (1865-1957)  journaliste, auteur de comédies et écrivain également pour la jeunesse a publié notamment des romans dans la célèbre collection de la Bibliothèque Rose, chez Hachette.

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La plus vieille histoire du monde. Françoise Seignobosc. Le Jardin des modes, 1931.

Ce livre en tissu a été édité par les éditions du Jardin des modes en 1931, au même moment où paraissait également la très célèbre histoire du petit élephant Babar de Jean de Brunhoff.
La plus vieille histoire du monde imagée par Françoise Seignobosc (1897-1961) est une version de la Genèse adaptée pour les enfants. L'album rappelle les tapisseries médiévales. La naïveté du dessin et la luminosité des couleurs caractérisent l'album. La succession de tableaux  forme un bestiaire original imprimé sur tissu.

L'auteur et illustratrice Françoise Seignobosc a d’abord travaillé avec André Hellé chez l’éditeur Tolmer. Elle a poursuivi sa carrière aux Etats Unis où elle fut une artiste reconnue grâce à sa série des Jeanne-Marie rééditée par les éditions MeMo en 2014.

 

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Les histoires du petit Renaud. Pierre Bonnard et Léopold Chauveau. Gallimard, 1927.

Léopold Chauveau (1870-1940) était chirurgien et écrivain pour enfants, illustrateur et sculpteur. Roland Topor dira de lui que c'était un génie méconnu.
Devenu chirurgien pour obéir aux exigences d'un père au pouvoir écrasant, il mène en parallèle une activité littéraire. Durant la guerre 14-18 il est mobilisé comme chirurgien et perd durant cette période sa femme et deux de ses enfants.  En 1924, il abandonne totalement son métier de médecin et se consacre entièrement à la littérature, au dessin et à la sculpture. Ses productions littéraires les plus connues sont celles destinées aux enfants telles que les Histoires du Petit Père Renaud, et  Cures merveilleuses du docteur Popotame (réédité chez MeMo en 2016) ainsi qu'une version du Roman de Renard. Il réalise toute une galerie de monstres de 1920 à 1939, des aquarelles et également des sculptures. Ces monstres inspirés des gargouilles mélangent l'homme, l'animal et la nature. Il dira :" tout enfant ce qui était monstrueux me plaisait déjà, plus tard je me mis à sculpter, dessiner des êtres irréels et après je me sentais allégé."
C'est à la mort de son deuxième fils que Léopold Chauveau commence à écrire pour les enfants. Par l'intermédiaire de l'écrit, il surmonte son deuil et publie notamment "les Histoires du Petit Renaud "puis "Histoires du petit père Renaud" en hommage à son fils.
Il privilégie des histoires d'animaux , ce qui permet aux enfants de créer "une atmosphère à demi-réelle ou à demi irréelle". Il s'éleve contre toute idée de moralisation et estime que "le rôle de l'écrivain est d'éveiller la curiosité des enfants, d'en faire des êtres humains plus complets plus harmonieux en les entrainant dans le domaine de la fantaisie et de la poésie."

- Composé de quatre histoires que l'auteur raconte à son fils et d'une fable racontée par le Petit Renaud à son père -
Les animaux conversent et tout ce qui est impossible devient réalisable. Le petit Père Renaud intervient souvent et le conteur est confronté à la logique de l'enfant. Et c'est dans cette complicité entre deux générations, le père et le fils, que Léopold Chauveau construit ses histoires.


Pierre Bonnard illustre deux livres de Léopold Chauveau : Histoire du poisson–scie et du poisson marteau (1923), que Chauveau reprendra lui-même en 1929 et les Histoires du Petit Renaud en 1926 illustrées à nouveau par Chauveau en 1932 sous le titre des Histoires du Petit Père Renaud augmentées de quatre autres histoires.
Les illustrations du peintre suivent la faintaisie de l'auteur et ces dessins laissent libre cours à l'imaginaire.
    

 

Au feu ! Samuel Marchak, dessins de V.Konachévitch. Mejdounarodnaïa Knig. [1935]

Ce petit livre pour enfants fait partie de ces nombreux ouvrages bon marché édités dans les années 1930 en URSS. Ces publications sont confiées à des artistes d'avant-garde qui trouvent dans le livre pour enfant un moyen d'exprimer leur talent, expérimenter et fabriquer de nouveaux concepts.
La qualité de ces livres est saluée par la Russie soviétique qui porte un grand respect à l'enfant et veut leur offrir des livres artistiques et non des livres de second ordre. Les livres pour enfants soviétiques les plus célèbres étaient traduits en langue française.

L'auteur, le poète Samuel Marchak (1887-1964) avec l'illustrateur Vladimir Lebedev (1891-1967) sont à l'origine de l'association de peintres et de poètes qui ont impulsé ce mouvement de livres d'artistes pour les enfants. Ils sollicitent les artistes venant de différentes écoles d'avant-garde tel Konachévitch.
Vladimir Konachévitch (1888-1963) s'installe en 1915 à Saint Pétersbourg pour enseigner à l'école d'art populaire. Jusqu'en 1926, il exerce une fonction officielle dans le musée de Pavlovsk. Il est influencé par le Monde de l'art et illustrera de nombreux livres pour enfants mais aussi des oeuvres classiques d'auteurs russes et occidentaux.

"Au feu", un album qui sert comme beaucoup d'autres à l'époque à délivrer un message. Ici  le courage et la solidarité sont mis en avant. Suite à un incendie causé par une fillette, les pompiers dont le courageux Kouzma combattent avec rage le feu et en viennent à bout en promettant à la petite fille de reconstruire sa maison. Les lithographies en couleurs traduisent parfaitement l'agitation, le mouvement. Un album de qualité, d'une conception très moderne grâce à une mise en scène variée et au texte poétique de Samuel Marchak.

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Le loup la chèvre et ses biquets. Edition Capendu, 1903.
Le chat Botté (livres à système). Edition Capendu, 1905.

Au sein de la littérature pour la jeunesse, les albums animés occupent une place significative. L’origine du livre animé est assez ancienne puisqu’elle date du début du Moyen-âge. A cette époque, il s’agit plutôt de livres à systèmes muni de disques mobile comme le premier livre datant de 1524 qui serait un livre d’astronomie intitulé La Cosmographie de Pierre Apian, suggérant les mouvements célestes.
Au XIXe siècle, le livre à systèmes évolue vers le livre à figures mobiles à placer dans un décor. De nouvelles techniques voient le jour trouvant leur écho dans de nouvelles formes d’animations : livres à volets ou à disques, livres à tirettes, livres en relief animé, livres à musique…
Les livres animés, dont le Livre-Joujou de Jean-Pierre Brès (1831) est l'ancêtre, privilégient pour leur part la distraction. Leur production se développe à partir de 1850 surtout en Angleterre et en Allemagne. Les éditeurs français dont Capendu et Hachette adaptent tardivement ce genre sans innover et au tournant du siècle la production va décliner en raison de leur coût élévé de fabrication.
Ces deux albums édités chez Capendu sont de même facture. Les illustrations pleine page décrivent un épisode important de l'histoire et les animations sont centrées sur les trois personnages principaux. Les histoires sont bien contées, les vignettes en noir et blanc s'insèrent dans le texte. Deux albums très réussis, très vivants grâce aux différents dialogues et qui pouvaient se raconter à un jeune public.

Sources :

Léopold Chauveau (1870-1940) : chirurgien, écrivain, peintre et sculpteur. Jacques Poirier. Hermann, 2016

Livres d'enfants russes et soviétiques (1917-1945) : dans les collections de l'Heure Joyeuse et dans les bibliothèques françaises : catalogue en forme de Dictionnaire des illustrateurs. Françoise Lévèque et Serge Plantureux. Agence culturelle de Paris,1997

Babar, Harry Potter & Cie : livres d'enfants d'hier et d'aujourd'hui : exposition, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, 14 octobre 2008-11 avril 2009. dirigé par Olivier Piffault. Bibliothèque nationale de France, 2008

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